Gabriel Barbosa ou la rédemption brésilienne

Maurice Denuzière dit un jour que « l’art, l’amour et la mort sont trois voies de la rédemption ». Toutefois, il semblerait que Gabriel Barbosa, plus connu sous le nom de « Gabigol » en ait ouverte une autre : le football. En effet, il s’est définitivement racheté de son passage raté en Europe en étant l’un des symboles de cette saison historique de Flamengo, qui a remporté le championnat national et la Copa Libertadores. Retour sur le parcours d’un joueur déterminé et déterminant.

L’éclosion à Santos

C’est à Santos que Gabriel Barbosa a fait ses grands débuts. Formé au club de 2004 à 2012, il intègre l’équipe première en 2013. Comme beaucoup de joueurs brésiliens, il est marqué par le football de rue, notamment par ses débuts dans le futsal à Sao Paulo. C’est d’ailleurs après un match contre Santos qu’il signe au club où il inscrira énormément de buts, d’où son surnom de « Gabigol »… Après ce cursus en jeune, il signe son premier contrat professionnel avec une clause à 50 millions d’euros, qui semble annoncer son potentiel dans un monde du football basé sur les chiffres. Avec 56 buts en 154 matchs, il réalise un parcours remarquable qui attire le regard de nombreux observateurs européens qui flairent le bon coup. C’est d’ailleurs la même année que son départ du Brésil, en 2016, que Gabriel Barbosa connaît le premier grand moment de sa carrière footballistique. En effet, seulement âgé de vingt ans, il participe aux côtés de Neymar aux Jeux Olympiques qui se déroulent dans son pays. Après une finale marquée par la classe de Neymar Jr et une séance de tirs aux buts anxiogène, il devient champion olympique. Quelques jours plus tard, il quitte son Brésil natal direction l’Italie avec l’envie de marquer de son empreinte l’un des deux grands de Milan.

L’échec milanais

Le 30 août 2016, il rejoint l’Inter Milan, club où d’autres attaquants brésiliens de talent se sont exilés avant lui. Toutefois, il ne connaît pas le même sort que ces derniers, lui qui peine à s’installer dans la durée à la pointe de l’attaque milanaise. En effet, dans une saison galère pour les Nerazzurri, qui voient passer sur le banc pas moins de quatre entraîneurs, il est difficile pour le jeune Gabriel Barbosa de faire son nid. Il n’obtient que quelques minutes de jeu, trop peu pour montrer l’étendue de son talent. Transféré pour 30 millions d’euros au début de la saison, il n’inscrit qu’un but en dix matchs, ce qui fait de lui le bidone d’oro, c’est-à-dire le plus gros flop du championnat italien cette année-là.

Néanmoins, « Gabigol » ne lâche pas l’affaire et est bien déterminé à s’imposer en Europe, là où des légendes se construisent. A l’aube de la saison 2017-2018, il est prêté au Benfica Lisbonne avec une option d’achat de 25 millions d’euros. Malheureusement, son impact dans le jeu n’est toujours pas celui attendu. Il finit la saison avec seulement un but en cinq matchs, loin derrière les autres attaquants du club comme Jonas par exemple, brésilien lui aussi. A ce moment de sa carrière, Gabriel Barbosa paraît de plus en plus isolé sur la scène européenne. A la mi-saison, les dirigeants du club lisboète décident de mettre un terme au prêt du joueur. En vue du mondial 2018 en Russie, le jeune buteur prend une décision très répandue au XXème siècle chez les brésiliens à l’approche de la plus grande compétition internationale : il retourne au pays pour retrouver du temps de jeu.

Le retour réussi sur sa terre natale

Ainsi, il rejoint Santos, toujours sous forme de prêt, le 4 février 2018. En difficulté en Europe, là où il n’aura inscrit que deux buts en quinze matchs, Gabriel Barbosa décide de revenir là où tout a commencé pour lui. Comme par miracle, c’est là-bas qu’il va reprendre du plaisir à jouer et à marquer. En quelques mois, il inscrit vingt-sept buts avec un ratio d’un but tous les deux matchs. Toutefois, ce n’est seulement qu’un aperçu des capacités d’efficacité de ce joueur dont tout le monde reparle déjà en Amérique Latine. Au terme de cette saison fructueuse, Santos ne peut renouveler le prêt et il rentre à Milan. Toutefois, avec l’arrivée de Lukaku et la présence de la pépite Lautaro Martinez, il est toujours aussi difficile pour lui de s’imposer en Italie. Ou du moins pas après une seule saison réussie. C’est pourquoi en janvier 2019, il réalise l’une des décisions les plus décisives de sa jeune carrière en rejoignant Flamengo pour un nouveau prêt d’une année.

Là-bas, « Gabigol » arrive dans l’un des clubs les plus mythiques du Brésil, si ce n’est d’Amérique du Sud, où sont passés des joueurs comme Zico, Leonardo, Socrates… Taillée pour remporter le championnat national, cette équipe est entraînée par l’expérimenté Jorge Jesus, multiple champion du Portugal avec Benfica, et composée de joueurs comme Bruno Henrique, Reinier, Rafinha ou encore Filipe Luis.

Plus que tout, cette équipe possède une attaque de folie. En effet, elle a marqué en moyenne plus de deux buts par matchs sur la saison, remportant le championnat avec seize points d’avance sur le second, Santos. Gabriel Barbosa a lui marqué près de 30% des buts de son équipe, en inscrivant en moyenne presque un but à chaque match qu’il a disputé. Par ailleurs, bien que ses buts soient nombreux, ils ont aussi été décisifs dans la saison de Flamengo. En effet, il a par exemple inscrit le but de la victoire, le seul du match, contre Santos le 14 septembre dernier, permettant à Flamengo de se détacher toujours un peu plus en haut du classement.

Toutefois, le match qui l’a vraiment inscrit dans la légende de Flamengo à travers cette saison formidable est la finale de Copa Libertadores. Presque assurés d’être champions du Brésil, Gabriel Barbosa et ses coéquipiers se rendent au Pérou pour affronter River Plate. Titulaire, Gabriel Barbosa entre sur la pelouse, le regard et la main sur le trophée, défiant le destin. Ce geste a failli lui coûter cher. Auteur d’un match délicat, il peine à se montrer aussi décisif dans le jeu qu’à l’accoutumée. A quelques minutes de la fin du match, le résultat est amer, Flamengo ayant eu du mal à vraiment développer son jeu. C’est alors qu’intervient le génie collectif de l’attaque brésilienne. Après un raid solitaire de Bruno Henrique, De Arrascaeta fait une passe en retrait qui permet à Gabriel Barbosa de marquer dans le but vide.

A la 89ème minute, les deux équipes sont dos à dos et le parcage brésilien exulte. Sur l’action qui suit, Gabriel Barbosa fait jouer sa puissance à la retombée d’un long ballon avant de crucifier Armani d’une demi-volée du gauche imparable. Flamengo vient de repasser devant et se dirige vers une nouvelle victoire en Libertadores, 38 ans après celle de 1981. Cette fois, l’homme providentiel n’est pas Zico mais Gabriel Barbosa, brandissant son maillot devant un peuple rouge et noir en extase, comme pour que son nom y reste gravé à jamais. Comme si son destin y était écrit, « Gabigol » continue d’écrire l’histoire, son histoire, au Brésil, loin des spotlights européens. Récemment nominé dans le onze de l’année d’une enquête d’El Pais en Amérique du Sud, il a aussi gagné le titre de meilleur joueur de l’année, celui de « Rey de America ».

Après un passage raté en Europe, Gabriel Barbosa a donc décidé de retourner au Brésil, là où tout avait commencé pour lui. Peut-être parti trop tôt de son pays natal, il semble maintenant avoir acquis la maturité footballistique nécessaire pour s’imposer loin de ses bases. Après une saison historique vécue avec Flamengo, couronnée d’un titre national, d’une Copa Libertadores et d’une finale de coupe du monde des clubs, il pourrait retourner à l’Inter. Cette fois, sera-t-il capable de s’y imposer aux côtés de l’autre espoir sud-américain Lautaro Martinez ? Ou alors décidera-t-il de prolonger l’aventure à Flamengo pour marquer l’histoire du club comme le disent certaines rumeurs ?

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