1

Dans la lignée des grands coachs portugais du moment, Rodolphe Lopes tente de faire revivre le Sporting Club de Paris après une lourde pénalité en début de saison à travers un credo simple et ravageur, « Deviens une légende ». A l’instar de Sérgio Conceição ou Leonardo Jardim, il représente l’entraîneur portugais mettant la France du football (ou du futsal plutôt) à ses pieds. Entre mots doux sur (notre héros) Eder, amitié franco-portugaise et futsal, rencontre avec un binational qui aura misé sur le bon cheval le 11 juillet dernier.

Bonjour Rodolphe ! Comment se passe votre saison avec le Sporting Club de Paris ? Est-ce que les objectifs du début de saison sont en voie d’être atteints alors que vous êtes septième au classement ?

Bonjour! Alors oui les objectifs sont en voie d’être atteints. On savait que ça allait être une année difficile avec quinze points de pénalité, on s’était préparés à ça. On a quand même laissé échapper quelques points bêtement comme à Bastia, comme à Échirolles au retour. C’est des matchs qu’on avait entre les mains, malheureusement on n’a pas réussi à les remporter, on a fait des matchs nuls. Et puis bon on voit que là c’est très serré en haut pour les play-off et en bas pour le maintien, et on peut dire que les objectifs sont en bonne voie mais rien n’est fait. On continue de bosser, de se battre pour gagner les matchs.

Au début de la saison, vous étiez déjà condamnés au classement de par une lourde pénalité qui vous a retiré de nombreux points. Comment pouvez-vous expliquer à nos lecteurs cette condamnation ?

La condamnation elle est simple : on avait des joueurs en équipe de France, pendant des années on alimentait l’équipe de France. On a été le club qui a fourni le plus de joueurs à cette sélection. Il s’avère que lorsque les joueurs vont en sélection, le club, enfin l’employeur, a le droit de toucher des indemnités. Donc chez nous il y a des joueurs qui étaient sous contrat, d’autres non, sauf que nous avons perçu des sommes même pour les joueurs qui n’étaient pas sous contrat, des sommes qui ont été données, mais malheureusement comme ils n’étaient pas sous contrat, et puis bon après c’est le football qui est comme ça bref, on n’aurait pas dû pour certains toucher ces sommes là. Mais nous on les a justifiées dans le sens où c’est des sommes qu’on a données, donc c’était logique de les récupérer parce que quand un joueur part en équipe de France, qu’il est payé par son club et qu’il part dix jours, il faut bien que le club récupère le manque à gagner. Les dix jours où ce joueur n’était pas présent à l’entraînement, les dix jours où ce joueur ne s’est pas entraîné avec les autres coéquipiers donc n’a pas fait progresser le groupe, les dix jours où le joueur a parfois fait deux, trois matchs et qu’il est revenu blessé. Donc pour nous c’était logique de récupérer cet argent là. Maintenant pour la fédération « pas de contrat » égal « pas d’argent », mais ils savent pertinemment que les joueurs sont payés, ils ne font pas du bénévolat dans les associations. Donc maintenant c’est comme ça, c’est fait, c’est du passé, on va pas s’étendre là-dessus. On a lourdement payé et puis le plus important c’est de passer à autre chose et de relever la tête.

Il y a peu sortait le documentaire « Ballon sur Bitume » qui nous faisait suivre la vie de plusieurs joueurs amateurs ou professionnels. Pour la première, il était possible d’apprécier un autre football, moins médiatique mais tout aussi passionné. Est-ce que votre vision du futsal est aussi celle qui est présente dans le documentaire ?

Oui « Ballon sur Bitume » c’est un très très bon documentaire. Bon après c’est… Je sais pas si on peut dire stéréotypé mais ça concerne pas tous les joueurs de futsal non plus. C’est pas tous les joueurs de futsal qui ont commencé en bas de chez eux au milieu d’une cité. Il y en a qui sont venus du foot à onze, il y en qui ont fait des centres  de formation, il y en a qui ont joué dans des gymnases en bas de chez eux . Bon après oui c’est une voie, une voie qui revient assez régulièrement comme il y pas mal de joueurs qui ont commencé comme ça, après c’est pas le cas de tous. Le documentaire est très intéressant, ça retrace très bien ce qui se passe, le parcours de quelques joueurs et ça met en avant le foot réduit, le foot à cinq, le vrai foot en tout cas, par là où tout le monde commence. Et le plaisir surtout.

Dans le documentaire, on retrouve notamment une interview d’un joueur de votre équipe, Adrien Gasmi, qui est l’un des meilleurs joueurs français de futsal du moment et de l’histoire. Que ressentez-vous quand vous pensez à la chance d’avoir pu côtoyer un tel joueur ?

Alors Gasmi n’est plus au club, comme Landry d’ailleurs. Ils sont partis à la fin de saison dernière. C’est des joueurs qui ont fait leur temps au club, ils ont apporté beaucoup au club pendant deux saisons. Le club leur a également beaucoup apporté je pense, ça a été dans les deux sens. Maintenant la relation s’est arrêtée au bout de deux saisons, c’est comme ça. Après si c’est pas eux c’est d’autres, donc il faut voir maintenant ce qu’ils vont faire dans leur club et on ne leur souhaite que de la réussite.

En parlant de la gestion, quelles sont les différences entre le coaching d’une équipe de futsal et celui d’une équipe de football ?

Alors le coaching au futsal  est totalement différent parce que je pense que le sport est tellement dynamique, comme tous les sports de salle par rapport au football où on retrouve l’effet de possession interminable ou la bataille du milieu de terrain. Après je vais pas non plus cataloguer le football parce que ça reste quand même la discipline reine… Mais au futsal j’ai l’impression qu’en cours de match le fait d’avoir des changements illimités, le fait d’avoir des temps morts, le fait que le terrain soit petit, qu’il y ait beaucoup d’actions et de transitions, permet d’influencer davantage le résultat du match qu’au football. Dans le football tous les coachs n’osent pas changer de tactique en cours de match, en futsal ça arrive quand même plus régulièrement. Les changements font aussi qu’au futsal on influence beaucoup le résultat. Selon le score, le temps qu’il reste à jouer, on met des joueurs plus à vocation offensive ou défensive, des joueurs de percussion. Donc voilà j’ai l’impression que d’une manière générale en futsal le coach a une capacité et une possibilité de changer davantage le cours du match.

Au-delà du coaching, en quoi le futsal diffère du football traditionnel ? Quels en sont les avantages et les inconvénients ?

Le fait d’avoir des temps-morts au futsal ça change tout. Ça permet de recadrer l’équipe, de mettre en place certaines stratégies. La proximité avec le terrain aussi fait que les consignes peuvent passer plus rapidement. Bon après ça dépend des gymnases, il y a des gymnases où on a joué en coupe d’Europe et où c’était plein donc on arrive pas à s’entendre à deux mètres. Mais voilà la différence entre football et futsal c’est surtout ça quoi, la taille du terrain et les temps-morts qui permettent de donner des consignes.

Votre équipe porte le nom d’un grand club portugais et est composé de nombreux joueurs lusitaniens. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de ce club ?

Alors l’histoire du club elle est un peu longue hein, je pense qu’il va falloir aller sur le site, il y a tout ce qui faut. Mais après oui ça a commencé d’un club de quartier en 1983. On a fait du foot à 11 pendant une vingtaine d’années. Et puis bon on a vu que le foot à 11 c’était ultra saturé, on a fait ce qu’on pouvait faire au maximum, de l’excellence, et puis après ce qui fait seulement la différence au foot à 11 c’est que l’argent. Donc on a vu le créneau futsal qui a été lancé par la Ligue de Paris en 2003. A l’époque c’était sous l’impulsion de Momo Belkacemi, et donc nous on a senti le truc sachant qu’au Sporting il y a toujours eu une tradition de futsal. On avait pas forcément de championnats structurés ou quelque chose comme ça, mais on avait toujours la salle deux, trois fois par semaine avec soit des joueurs de foot à 11 qui jouaient, soit des joueurs de quartiers qui jouaient, qui se retrouvaient. Mais ça, la salle au Sporting, ça date du début des années 90 quoi. On avait toujours des créneaux en salle à Paris 13ème, et des joueurs qui jouaient, mais aucun championnat. Donc le Sporting a toujours eu cette culture du football en salle. Après on a donc vu que la discipline allait être mise en avant par la Ligue de Paris, on a créé la section futsal et ce qu’elle est devenue aujourd’hui. On a gravi tous les échelons. On va dire que notre fierté, contrairement à d’autres clubs, c’est d’avoir commencé tout en bas. Nous on a commencé en troisième série, on est monté en deuxième, en première… On a gravi tous les échelons. Il y a certains clubs ils ont été une fois champions ils se retrouvent dans le championnat de France par exemple. Non non, nous on sait d’où l’on vient, on vient de très très loin. On nous voit parfois comme un club plutôt aisé ou riche mais non, on a beaucoup travaillé surtout. Et on sait d’où l’on vient, on ne l’oublie pas, et ça fait qu’aujourd’hui on est encore plus fort et on arrive à survivre à pas mal de choses.

D’ailleurs, que pensez-vous de la saison du Sporting et de la gestion de Jorge Jesus ?

Je ne suis pas forcément de près le football en général, faute de temps et aussi une volonté un peu de décompresser. Mais oui déjà Jorge Jesus ce qu’il a fait à Benfica c’était incroyable, ce qu’il a fait au Sporting pour ses débuts n’en parlons pas. On sent qu’il apporte quelque chose, c’est un gars, enfin je l’apprends à personne mais, il arrive à transcender son équipe et la façon de jouer de son équipe. Et ça ce n’est pas donné à tout le monde.

Gelson réalise une saison de folie, enchaînant dribbles, buts et passes décisives, comme en atteste son match contre le Real Madrid en Ligue des Champions. Est-ce un joueur dont le profil serait intéressant dans une équipe de futsal ?

Bien sûr ça se voit que Gelson c’est un joueur qui peut être facilement à l’aise dans les petits espaces. Très technique, une belle vitesse d’exécution, un bon dribble, une bonne finition, oui c’est sûr que c’est le genre de joueur qu’on apprécie. Un vrai carnage. Mais bon vu l’équipe qu’ils ont le Sporting au futsal, ils n’en ont pas vraiment besoin, ils ont une équipe vraiment incroyable cette saison et on espère tous qu’ils réalisent quelque chose pour le Final Four.

Comme beaucoup j’imagine, vous avez la double nationalité franco-portugaise. Comment avez-vous vécu la finale de l’Euro qui a eu lieu en juillet dernier ?

Alors la finale de l’Euro c’était quelque chose de particulier, de très particulier. En France, France-Portugal c’était un truc inespéré. Bon la France qu’elle aille en finale c’était un peu normal mais le Portugal c’était… Surtout quand on a vu les premiers matchs, ça tient du miracle. Après voilà on a vu une équipe qui a pris confiance au fil des matchs et un groupe surtout, c’est ça qui a fait qu’ils sont allés loin. Je pense que réellement, pour moi, ils ont mérité de gagner l’Euro. Le football déployé n’a pas été le plus sexy qu’on ait vu, mais je retourne aussi la question: « Qui a mérité plus que le Portugal? ». Et là, il n’y a pas beaucoup d’équipes. A partir de là, le Portugal a mérité plus c’est tout. C’est peut-être un peu dur d’entendre ça, mais après vaut mieux le Portugal qui gagne en France que l’Allemagne finalement. Moi je suis très content, la France a déjà gagné beaucoup de titres, le Portugal c’était le premier. Ca fait plaisir à une grosse communauté en France. Les Français ont aussi fait la fête avec les Portugais parce que c’est des peuples amis. Donc voilà c’est pas dramatique quoi, c’est une belle page de l’histoire qu’on a vécue ensemble.

En véritable héros de la nation, Eder est passé d’homme de l’ombre à agitateur public. Que vous inspire sa belle histoire ? Une sorte de Vardy Story à la sauce portugaise finalement..

Ah l’histoire d’Eder c’est quelque chose hein… Parce que c’est pas un joueur qui avait le vent dans le dos avant l’Euro et c’est pas un joueur sexy, c’est pas un joueur que les gens aiment. C’était sa destinée on va dire, maintenant c’est devenu un héros de la nation le mec. On ne peut que saluer. Il y a toujours cru et ça on peut pas lui enlever. C’est mérité de toute façon, les choses n’arrivent pas toujours par hasard.

Pour finir, je vous laisse carte blanche pour passer le message que vous souhaitez sur le futsal ou le foot de rue, qui sont très rarement médiatisés et exposés…

J’étais à Gondomar au Portugal pour voir la finale de la coupe de la Ligue. Quand on voit le spectacle organisé sur quatre jours avec huit équipes qui s’affrontent, et demi-finales et finale, on se dit qu’on est assez loin en France, mais qu’on a du monde qui travaille quand même pour améliorer les choses. On a quand même quelques acteurs dans les clubs, quelques acteurs au sein de la fédération aussi il faut le souligner. Bien sûr que c’est jamais assez, on n’est jamais content, mais en France on a tout pour y arriver. On a déjà une forte demande de la part des clubs mais aussi de la part d’un jeune public, ça c’est important. On a une fédération qui sait travailler, qui sait organiser des événements, qui l’a montré à travers toutes les finales que nous on a pu jouer. Le temps fera son effet et on arrivera tôt ou tard à un certain niveau, même si on souffre d’un manque de culture et ça ça va demander encore plus de temps. Mais je pense que le futsal, le foot réduit, ont un très bel avenir devant eux et notre place au sein de la fédération est en train de devenir de plus en plus grande et c’est pas pour rien, c’est des signaux importants. Nous en tout cas au Sporting Club de Paris et moi-même on y croit, sinon on ne serait pas là.