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Samedi dernier, au bénéfice d’une victoire en Bulgarie, Didier Deschamps est devenu le sélectionneur le plus victorieux de l’histoire de l’Équipe de France. Mardi, ses Bleus se sont qualifiés pour la Coupe du Monde 2018 en Russie et il va participer à sa 3ème compétition internationale sur 3 possibles depuis le début de son mandat. Pourtant, il est sans cesse critiqué par bon nombre de supporters de l’EDF, sur ses choix, sur ses tactiques, sur le fond de jeu de son équipe…

Existerait-il donc un « problème Deschamps » à la tête de l’Equipe de France ?

Il n’y pas forcément besoin de regarder très loin pour comprendre que Didier Deschamps n’est pas prophète en son pays. Le simple fait de taper son nom dans la barre de recherche de Twitter chaque fois qu’il dévoile ses listes des 23 souligne ce constat. Des insultes de bas-étage jusqu’aux analyses des pseudos experts, mais qu’a donc fait la Dèche pour mériter un tel traitement ?

Le cas Benzema comme détonateur

C’est tout d’abord la fameuse histoire de la sex-tape qui a mis le feu aux poudres. 2015, Karim Benzema est accusé d’être complice dans une affaire de chantage à la sex-tape sur son coéquipier en Bleu Mathieu Valbuena. La France est clivée et Didier fait son choix : pas de préférence, il met les deux sur la touche le temps que l’affaire se tasse. Pendant ce temps, Olivier Giroud en profite pour empiler les buts en sélection et devient indiscutable.

Les premières critiques sérieuses viennent de là : selon certains, Deschamps préfèrerait « Olivier aux pieds carrés » à « KB9 qui est titulaire dans le meilleur club du monde ».

Seulement, une fois le scandale devenu moins médiatique et Benzema pouvant potentiellement être rappelé, voilà que ce dernier nargue indirectement son sélectionneur sur les réseaux sociaux. Comprenez que ce dernier puisse l’avoir mauvaise.

Par la suite, ce sont les choix de Deschamps en tant que sélectionneur qui sont critiqués. Au delà de la situation du numéro 9 titulaire, les « haters » de Didier se déchaînent depuis maintenant quelques temps. Pas de Ben Harfa ni de Gameiro dans les 23 pour l’Euro 2016, puis quand Gameiro est appelé on se plaint de la non-sélection de Fékir, et quand Fékir est là c’est Martial que l’on demande, jusqu’à arriver à un point où ni l’un ni l’autre n’étaient là contre la Bulgarie et la Biélorussie. On peut également parler des mécontentements par rapports à Tolisso, Rabiot et Umtiti avant l’Euro, même si ces derniers sont désormais bien installés, ou alors Ben Yedder et Bakayoko plus récemment. À l’inverse, les sélections de Jallet et Matuidi les saisons passées ou encore de Thauvin et Payet cette année ont fait beaucoup de bruit, les supporters estimant que leurs performances en club ne sont pas à la hauteur d’une sélection faisant potentiellement partie des favoris pour la couronne mondiale.

Troisième élément de discorde, la tactique, ainsi que le potentiel du vivier français. Deschamps a à sa disposition un potentiel rouleau compresseur footballistique. Des joueurs de grande qualité et ayant l’expérience du football international de haut niveau à quasiment chaque poste, le tout avec une moyenne d’âge relativement jeune. Si l’équipe est plus que sexy sur le papier, il faut dire que les Bleus se font plus remarquer par une efficacité froide que par un culte du beau jeu. Un nul 0/0 contre le Luxembourg, une courte victoire 1/0 en Bulgarie, une victoire 2/1 non moins compliquée face à la Biélorussie, des résultats insuffisants pour une partie des supporters.

Un bilan qui parle pour lui

Seulement, Didier Deschamps est absolument indéboulonnable de son poste de sélectionneur des Bleus. Au delà de ses très bons rapports avec les pontes de la FFF, son bilan joue pour lui. Depuis sa nomination en 2012, la Dèche n’a jamais déçu au moment de tirer un bilan sur son travail. Pour sa première campagne éliminatoire, pour la Coupe du Monde 2014, son équipe s’extirpe d’une situation périlleuse contre l’Ukraine en barrages, après avoir tenu tête à l’Espagne, alors championne du Monde et d’Europe en titre. Au Brésil, les Bleus vont jusqu’en quarts de finale, où ils se feront sortir d’un petit but par les futurs vainqueurs allemands. Encourageant. À l’Euro 2016, chez elle, l’Équipe de France évite les pièges irlandais et islandais, prend sa revanche sur les voisins allemands en demi-finale, mais échoue de peu en finale face à un Portugal pourtant plus faible.

Un bilan foncier difficilement critiquable.

Quant à ses choix au niveau des sélectionnés, une des explications est cette forte volonté de rompre avec ses prédécesseurs. Le projet de Didier Deschamps a toujours été clair depuis le premier jour : il veut un groupe soudé pour aborder les compétitions internationales. Soudé dans un premier temps entre les joueurs, et avec le staff dans un second temps. Tout l’inverse de ce que l’on a pu voir en 2010 en Afrique du Sud.

Ce qui explique en grande partie pourquoi il se refuse à sélectionner des joueurs pour une simple raison de forme en club. De rassemblement en rassemblement, les différentes Équipes de France A se ressemblent, grâce à un noyau de joueurs qui se connaissent, qui savent et ont l’habitude jouer ensemble.

En plus de cela, DD met en avant l’efficacité en sélection, les bonnes performances sous le maillot bleu. Ce qui explique les nombreuses sélections de Moussa Sissoko la saison passée, alors qu’il vivait une année compliquée à Tottenham, ou le statut de titulaire quasi-indiscutable d’Olivier Giroud, qui ne jouit pas du même privilège à Arsenal.

Par rapport au statut de ce dernier, loué par une partie des supporters, et mis à mal par une autre, il est devenu le meilleur buteur de l’EDF depuis la prise de pouvoir de Deschamps, le 7ème de tous les temps. De plus, il est la seule possibilité crédible au poste d’attaquant quand il s’agit de jouer en tant que pivot, dos au but.

La probabilité pour l’Équipe de France de continuer sans Deschamps à sa tête est déjà faible, et elle l’est encore plus quand on se pose la question de sa succession. Les coachs français de qualité et de calibre international ne font pas nombre, et il est aussi peu probable que la Fédération aille débaucher une entraîneur étranger que Zinédine Zidane se libère de son contrat au Real Madrid en 2018.

Seul l’avenir nous dira si les choix de Didier Deschamps en tant que sélectionneur de l’Equipe de France sont les bons, mais du moins ils sont forts et affirmés, et ils suivent une certaine logique, que l’on soit d’accord ou non. L’été 2018 sera donc un tournant majeur dans sa carrière de sélectionneur, où il pourrait soit assumer pour de bon sa position, soit perdre sa crédibilité…

 

Benzema, l’heure du retour en bleu ?

Photo credits : AFP PHOTO / FRANCK FIFE