Icardi au PSG : mariage tardif, mariage explosif ?

Voilà un transfert auquel on ne s’attendait pas. À quelques heures de la fin du marché, le PSG et l’Inter Milan ont trouvé un accord pour le prêt avec option d’achat du fantasque buteur argentin. D’indiscutable à indésirable chez les Nerazzurri, le voici désormais à la relance au sein d’un effectif dont la constitution et l’approche tactique tranchent largement avec ce qu’il a pu connaître dans sa carrière. Le football que l’on aime est rempli de défis parfois absurdes et farfelus, et celui que va tenter de relever Mauro Icardi l’incarne parfaitement.

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Pour comprendre comment un joueur ayant marqué 111 buts en 188 rencontres de Serie A peut être libéré le jour de la deadline comme un vulgaire flop français de Premier League, il faut remonter quelques mois en arrière. À l’aube de la saison dernière, Mauro Icardi est le capitaine et leader offensif d’un Inter ambitieux. Néanmoins, les choses déchantent très vite, d’abord lorsque la campagne de Ligue des Champions intériste se termine prématurément alors que le club avait son destin entre les mains face au PSV, à Giuseppe-Meazza. Alors oui certes, Mauro y avait mis du sien avec quatre buts dont deux splendides et décisifs face aux Spurs et au FC Barcelone. Mais l’on se demande vraiment ce qu’il en serait si l’Inter avait assumé son statut.

Vous le savez, le cœur du problème n’est pas purement sportif. Le vrai point de rupture entre le natif de Rosario et son club réside dans le retrait du capitanat en février dernier. En résumé, Icardi est moins dominant en Serie A que par le passé et l’accord pour sa prolongation de contrat traîne. Luciano Spalletti ne fait pas dans la demi-mesure et décide que c’est désormais Samir Handanovic qui mènera les troupes. Une décision compréhensible, car l’on pourrait trouver une centaine de raisons pour justifier l’écart entre ce qu’est censé incarner un capitaine et ce qu’incarne Mauro Icardi.

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À partir de là, le feuilleton prend forme. Pêle-mêle, une grève de l’entraînement, une lettre un peu faux-cul sur Instagram et une dernière mise à l’écart. Il laisse même un temps l’affiche à son agente-compagne-consultante-tacticienne Wanda Nara pour un passage désormais culte dans l’émission Tiki Taka sur Mediaset. Mais en bon buteur qui se respecte, il aura le dernier mot avec une attaque en justice contre son propre club, avec pour objectif sa réintégration ainsi que le versement d’un million et demi d’euros de dommages et intérêts. Sacré Mauro, tiens.

C’en était évidemment trop pour l’Inter, qui a vu la proposition du PSG comme une aubaine afin de conclure un mercato bien ficelé pour les protégés d’Antonio Conte. L’occasion aussi pour Gianluca Di Marzio de tenir son scoop final et se racheter d’une annonce précoce sur Neymar annihilée par un jeune français amateur de saumon et de pâtes.

Le bon et le mauvais chasseur, vraiment ?

Attirer si tardivement un buteur qui fait partie de l’élite à ce poste n’est déjà pas monnaie courante dans le football moderne. Mais alors l’attirer quand le titulaire du poste est à la fois le meilleur buteur de l’histoire du club, le symbole des divergences sur l’identité du PSG et un joueur qu’on a connu peu aimable lorsqu’il a goûté au banc, c’est proche du jamais vu. Car hormis lors de situations de coaching en fin de matchs visant la recherche immédiate d’un ou plusieurs buts, Edinson Cavani et Mauro Icardi seront concurrents pour la même place dans le onze de départ. Une situation pas évidente à gérer pour Thomas Tuchel, qui a déjà du travail dans l’animation du milieu de terrain alors que des grandes échéances comme Lyon ou le Real Madrid approchent.

Tout d’abord, la comparaison entre Icardi et Cavani est pertinente car ce sont deux attaquants aux profils très similaires. Avides de ballons dans la surface, ils sont une menace pour n’importe quelle défense, par leurs déplacements, leurs jeux de tête et leurs capacités à ouvrir des espaces pour leurs coéquipiers. Avec les années qui passent inévitablement pour l’Uruguayen, Icardi possède aujourd’hui un avantage dans son jeu sans ballon dans la surface, qui n’a pas d’équivalent en Europe. De plus, si Cavani est encore un excellent buteur, il a désormais beaucoup plus de mal à faire des différences au plus haut niveau européen, et c’est une perspective qui pourrait jouer en faveur de l’Argentin au fil de la saison.

Remplacer Cavani par Icardi permettrait donc au PSG de passer un cap offensivement ? Pas forcément. Si la supériorité individuelle de l’ex-joueur de la Sampdoria ne fait aucun doute, son intégration dans le plan de jeu parisien ne sera pas chose aisée. En effet, l’immobilisme dans la construction des actions et l’absence dans les circuits de passes sont d’autres points communs à ces attaquants. Dans une animation parisienne où le jeu sur les côtés est défaillant et où les bons centres se font rares, il devra redoubler de malice pour exploiter les rares ballons qu’il touchera.

Car oui, en fin de compte, activer Mauro Icardi hors de la surface serait renoncer à l’ensemble de ses qualités. Vu d’un prisme plus large, miser sur un trio d’attaque avec un numéro 9 à l’ancienne quand on dispose de deux ailiers-buteurs comme Neymar et Mbappé est un choix étonnant. L’évolution de ce poste, et les profils des attaquants des dernières équipes triomphantes en Ligue des Champions montrent que la tendance est plutôt au 9 et demi qui bonifie ses partenaires.

En même temps, si Mauro Icardi et le Paris-Saint-Germain faisaient tout comme tout le monde, ça se saurait. Et ce serait moins bien.

En s’attachant les services de Mauro Icardi pour une saison, Leonardo anticipe d’abord à moindre frais un été 2020 où Cavani sera en fin de contrat et où les rumeurs pour Neymar et Mbappé recommenceront de plus belle. C’est un gros coup qui, conjugué à l’arrivée de Navas et au statu quo de Neymar, peut permettre au PSG d’être plus sûr de sa force. Les prochaines échéances seront un début de réponse, notamment la réception du Real Madrid le 18 septembre. Icardi sera sans doute de la partie, et en connaissant le personnage, il s’agit désormais d’une toute autre histoire.

Crédit photo : GIUSEPPE COTTINI / NurPhoto