Le 12 juillet dernier, Joachim Andersen devenait le défenseur le plus cher de l’histoire de l’Olympique Lyonnais. Une base de 24 millions d’euros plus 6 d’éventuelles incentives pour ce jeune défenseur central, international espoir danois. Quatre rencontres de championnat plus tard, l’euphorie a logiquement laissé place à différentes formes d’interrogations, qui ne doivent pas détourner les enjeux de ce transfert record.

La dure loi de l’adaptation

« Je ne suis pas inquiet pour Andersen. Je sais que les joueurs passent par un moment d’adaptation, quel que soit le pays ou le championnat. On va faire en sorte que cette adaptation soit la plus courte possible. Et on va faire de lui un joueur d’exception. » Ces mots, prononcés par Sylvinho après la défaite contre Montpellier (0-1), sonnent d’abord comme un constat. Les premières prestations de l’ancien Génois n’ont pas dégagé une grande sérénité, en témoigne par exemple son pénalty concédé face à Gaëtan Laborde, qui lui a fait vivre un calvaire durant 90 minutes.

Même dans des matchs mieux gérés collectivement par l’OL, comme face à Monaco (3-0) où Angers (6-0), il est apparu coupable de légères fautes de concentration, heureusement non sanctionnées par ses adversaires. L’aspect purement défensif de son jeu n’a donc pas rassuré, pour un central dont le mètre quatre-vingt-dix a largement propagé l’idée d’un défenseur autoritaire et dur sur l’homme. Sur le terrain, il apparaît flagrant qu’il dispose d’une marge de progression importante dans les duels. Comme souligné par Sylvinho, l’adaptation à un nouveau pays et à un nouveau championnat est forcément difficile, encore plus pour un jeune défenseur.

Pour ce qui est de son jeu de relance, l’impression visuelle est beaucoup plus encourageante, même si les consignes collectives de son entraîneur ne facilitent pas encore cet aspect-là de sa panoplie de footballeur. En imposant une version caricaturale des latéraux, cantonnés à leur moitié de terrain en phase de relance, le coach lyonnais entrave les possibilités de relance par les ailes de ses centraux et les condamne à rechercher systématiquement l’axe. Dans le meilleur des cas, le Danois réussit à toucher Memphis ou Aouar entre les lignes grâce à la qualité de son pied. Malheureusement, cela devient très prévisible au fur et à mesure des rencontres, même si l’intégration de Jeff Reine-Adélaïde offre une perspective intéressante grâce à sa capacité à plonger dans le dos des défenseurs. Les solutions existent donc pour qu’Andersen bonifie l’animation de son équipe, mais cela dépendra également des futurs choix tactiques de Sylvinho.

Une charnière complémentaire ?

Pour analyser les performances d’un défenseur central, il convient de les mettre en perspective avec son coéquipier de charnière, ici Jason Denayer. Intronisé capitaine lyonnais après une première belle saison au club, le Belge doit désormais composer avec son coéquipier danois, la fantastique dernière campagne de Marcelo n’ayant pas convaincu son compatriote tacticien. L’on peut dire de Denayer qu’il est un défenseur solide, avec une capacité à intervenir dans l’urgence qui n’a que très peu d’équivalent dans notre championnat national. L’allier à un défenseur moderne comme Andersen est ainsi une bénédiction pour l’OL, et ceci pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, posséder deux défenseurs avec une telle qualité de relance est un atout non négligeable pour une équipe qui ambitionne de mieux maîtriser ses rencontres cette saison. La « nouvelle mentalité », l’adage qui tient tant à Sylvinho, ne peut pas être incarnée que par des courses, des gueulantes ou de la transpiration. Si l’OL veut inspirer la crainte aux équipes inférieures, son équipe doit être capable de jouer plus haut et d’épuiser les blocs adverses de manière beaucoup plus constante. C’est une ambition traduite sur le terrain par Sylvinho, qui laisse énormément de responsabilités à ses centraux à la relance, même si comme expliqué auparavant, le travail effectué sur les latéraux ralentit ce processus-là. Avec ce duo, Lyon possède donc une variété non négligeable d’options pour démarrer ses actions, entre l’activité de Denayer dans les passes courtes et le très beau jeu long d’Andersen.

Enfin, cette charnière est potentiellement très excitante au regard de l’âge des deux joueurs : 24 ans pour Denayer et 23 pour Andersen. Avec des statuts respectifs de capitaine et de transfert record, nul doute qu’ils ont encore devant eux de longues années à faire le bonheur du club du Rhône. L’occasion de développer des automatismes et une complicité naturelle, et permettre ainsi à l’OL de retrouver une solidité qui lui a fait défaut ces dernières années (8e, 5e, 10e et 8e défense sur les quatre dernières saisons de Ligue 1).

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De la maturité naîtra l’exception

Ses débuts compliqués en France posent donc la question qui fâche. Les dirigeants lyonnais ont-ils investi uniquement sur un potentiel, en imaginant le joueur que sera Andersen dans deux ou trois ans ? C’est une possibilité à ne pas négliger, et surtout à ne pas dénigrer. Malgré sa belle saison en Serie A, Andersen n’est pas (encore) un joueur de calibre international. De plus, il va logiquement subir un contrecoup sportif, le temps de digérer les nombreux changements tactiques et psychologiques qu’impose un tel transfert. Pour autant, cette position prise par le club lyonnais est cohérente avec le projet sportif développé par le nouveau tandem brésilien.

Rappelez-vous, ce n’est pas la première fois qu’un jeune défenseur aux relances soyeuses et au potentiel reconnu débarque à Lyon. L’Argentin Emmanuel Mammana, arrivé de River Plate à l’été 2016 et reparti l’été suivant après seulement 25 petits matchs, inspirait également beaucoup d’espoir au sein du club. Finalement, sa gestion a été un véritable gâchis, et même la plus-value réalisée sur le transfert semble minime compte tenu des qualités d’un joueur aujourd’hui freiné par une grave blessure. Évidemment, Andersen n’est pas Mammana, et leurs destins sportifs ne sont en aucun cas liés.

Néanmoins, il sera intéressant d’observer si la direction sportive saura s’inspirer de cet épisode pour ne pas reproduire les mêmes erreurs avec le jeune danois, notamment en termes de confiance et de communication. On pense d’abord à l’inspiration de Bruno Génésio, qui après avoir assuré que Marcelo et Mammana « ne peuvent pas jouer axe gauche », décida d’opter pour une charnière Morel-Marcelo qui je vous l’assure ne finira pas sur le mur des légendes de Décines-Charpieu.

Jean-Michel-Aulas ne fut pas en reste, déclarant après la conclusion du transfert que le jeune Argentin était devenu international « dans des conditions particulières », ambiance. Les déclarations de Sylvinho et Juninho sur leur protégé danois augurent donc une gestion plus saine du potentiel du joueur, qui devra tout de même confirmer les belles choses entrevues la saison dernière.

Au regard des aptitudes d’Andersen, il est crucial que les dirigeants de l’Olympique Lyonnais aient conscience que sa maturité est encore pour demain. Mais dans le monde du football, aujourd’hui est quelque part déjà un peu demain, et si l’OL change pleinement de dimension dans les années à venir, il se peut que Joachim Andersen soit devenu le joueur d’exception tant attendu.

 

Crédit photo : PHILIPPE DESMAZES / AFP