Le Stade Rennais, la nouvelle terreur de Ligue 1

Après de longues années dans le ventre mou de Ligue 1, le Stade Rennais est revenu sur le devant de la scène en 2018. Aujourd’hui, il est l’un des clubs les plus ambitieux en France. Et l’assume.

« Vous ne voyez pas, dans leurs yeux, que c’est en train de tourner ? Vous ne voyez pas qu’ils commencent à douter, à devenir fragiles, à s’énerver ? » À la mi-temps, Julien Stéphan avait foi en son équipe, qui a renversé le Paris Saint-Germain en finale de Coupe de France, en avril 2019 (2-2, 6-5 aux t.a.b.). Son discours peut s’extrapoler à la saison passée et inachevée. En perdition, Lyon a fini loin du podium. Monaco aussi. Lille s’est contenté de la 4e place. Seul Marseille a devancé Rennes, avec un directeur sportif démissionnaire et un entraîneur contrarié. Et si, derrière le PSG, la plus grande stabilité sportive se trouvait en Bretagne ? Le Stade Rennais a franchi un cap et n’est pas rassasié, loin de là.

Létang, ou la structuration d’un club pour les nuls

Ce nouveau projet prend racine dans la nomination d’Olivier Létang en qualité de président, en novembre 2017. « Olivier Létang avait pour but de structurer Rennes et en faire une équipe importante dans le paysage de la Ligue 1 », décrypte Elton Mokolo, journaliste pour le Club des 5 et Winamax. Deux ans après son arrivée, L’Équipe évoquait « l’amélioration des conditions de travail et d’accompagnement pour les joueurs ». « Les départements médicaux et vidéo ont été renforcés et le staff peut désormais travailler avec une plateforme d’analyse de l’adversaire, présentée comme l’outil de préparation de match le plus complet », indique le quotidien français. Exigeant à la limite de l’excès, Létang, débouté non sans fracas en février dernier, a rempli sa mission hors terrain. Et sur la pelouse, son travail fut également visible.

Sous son mandat, le Stade Rennais a concrétisé son ambition à travers le recrutement, en accordance avec le milliardaire et propriétaire François-Henri Pinault. À commencer par… les flops : Guitane (8M€), Diafra Sakho (10M€) et Siebatcheu (9M€). Ce qu’il faut souligner ici n’est pas la déception que représentent ces joueurs à Rennes, mais l’hardiesse du club. « Il faut payer pour réussir ? D’accord. » Et parfois, il y a des tops. Comme M’Baye Niang, prêté par le Torino et dont l’option d’achat (15M€) a été levée à l’été 2019. Le Sénégalais a compensé les échecs, mettant périodiquement l’attaque rennaise sur ses épaules. En 2018 débarquent aussi Damien Da Silva (libre), Clément Grenier (4M€) et Romain Del Castillo (2M€). Rennes a du flair. Et Rennes vend bien, avec des plus-values sur Ismaïla Sarr (+13M€), Ramy Bensebaini (+6M€) ou Tomas Koubek (+4,5M€). Sans parler de Joris Gnagnon, vendu 13,5M€ à Séville et revenu en prêt l’année suivante.

Stéphan, le druide rêvé par Pinault

Mais pour faire une omelette, il faut le cuisinier qui va casser les œufs. Dès son arrivée, Létang remplace Christian Gourcuff par Sabri Lamouchi. L’entraîneur rennais annonce la couleur : il est là pour « tirer le meilleur de chacun et (jouer) dans le système qui correspond le mieux à l’équipe ». Le pragmatique Lamouchi récupère une équipe classée 10e et l’emmène à la 5e place, synonyme de Ligue Europa. Le futur coach de Nottingham Forest est en revanche moins inspiré la saison suivante. Les choix au mercato, comme le non-transfert définitif de Wahbi Khazri, n’ont pas été les siens. La campagne européenne débute mal et Lamouchi prend la porte. C’est le prometteur Julien Stéphan (38 ans) qui prend les rênes. Ancien footeux amateur, son CV est incomparable avec celui de Lamouchi, international français. Pourtant, Létang lui donne une chance. Il n’en faudra pas plus.

Stéphan l’a montré dès les premiers mois : il est un entraîneur de coups et de coupes. Rennes n’avait jamais passé le premier tour d’une compétition européenne ?* Les voilà en 16es de Ligue Europa. Puis en 8es, après s’être offert le scalp du Betis Séville (3-3, 1-3). Il faut Arsenal, futur finaliste, pour éliminer de justesse les Bretons (3-1, 3-0). « Stéphan a surperformé, souligne Elton Mokolo. Le bilan est très satisfaisant, compte tenu du fait qu’on parle d’un entraîneur débutant. » D’autant que « sur le facteur sociologique, il incarne le rêve de Pinault, à savoir une identité bretonne bien ancrée. » Très vite, Stéphan est surnommé « le druide » par ses supporters. Parlons-en, des supporters.

Camavinga, comme un symbole

Le 12e homme a contribué au nouveau nom du Stade Rennais en Europe. « Ce sont les meilleurs fans adverses que je n’ai jamais vus au Celtic Park », s’enflamme Peter Bell, supporter du Celtic, sur Twitter. « Un club de football, c’est comme les quatre pieds d’une table, professait Unai Emery dans El Maestro, biographie signée Romain Molina. L’un correspond aux joueurs, le second aux dirigeants, le troisième aux fans et le quatrième à la presse. » L’équilibre de la table rennaise est parfaitement préservé en 2019. Bonus : les Rouges et Noirs se font des amis. Le Betis et Jablonec (adversaire en phase de poules) félicitent le club après sa victoire en Coupe de France.

https://twitter.com/RealBetis_en/status/1122469650208632832

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À l’aube de la saison 2019-20, continuité est le mot d’ordre en Ille-et-Vilaine. Avec des additions qui en disent long : la recrue phare à 21M€, Raphinha, et l’éclosion du jeune prodige, Eduardo Camavinga. La France tombe vite amoureuse du garçon. Le Real Madrid aussi. Au point que la famille Pinault s’en mêle et tape du poing sur la table. RMC Sport le rappelait encore jeudi : Rennes exclut tout scénario impliquant un départ de Camavinga cet été. « Ils vont entrer en Ligue des champions pour la première fois de leur histoire, nous explique Elton Mokolo. Ce sera une fenêtre d’exposition incroyable autant pour Rennes que pour la région bretonne. Il faut arriver avec de bons arguments, et cela passe par garder ses meilleurs éléments. Du moins, dans la mesure du possible. »

La Ligue des champions est encore loin

Le Stade Rennais veut faire passer un message avec Camavinga. Il en va de même concernant Mohammed Salisu (21 ans). Dans les rumeurs de transferts, le défenseur central de Valladolid voit son nom associé au Real Madrid et à l’Atlético. Mais selon Marca, seul Rennes est prêt à payer la clause libératoire de 12M€. Si le chèque est signé Pinault, le choix du joueur, lui, est au crédit de Florian Maurice. Peut-être la meilleure recrue de l’année pour Rennes, qui l’a embauché comme directeur sportif. « Maurice a bien travaillé du côté de l’Olympique Lyonnais, un club important aux niveaux français et européen, analyse Elton Mokolo. Il en a découlé un réseau qui lui permet de prospecter des joueurs intéressants au-delà de la Ligue 1. » Mais l’Hexagone reste aussi un bon terrain de jeu aux yeux de Rennes et Maurice. D’après Foot Mercato, les Rouges et Noirs ont fait une offre pour Denis Bouanga, seul rayon de soleil au terme d’une saison morose à Saint-Étienne.

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Par son activité et sa fermeté sur le marché des transferts, Rennes peut asseoir une domination sur de nombreux clubs français. La crise économique, elle, ne semble pas concerner la famille Pinault. Néanmoins, il y a des étapes à ne pas griller. M’Baye Niang ne cache pas son souhait de rejoindre Marseille, preuve que Rennes ne rivalise pas encore avec les clubs historiques du XXIe siècle. La qualification en Ligue des champions, si elle fait rêver, n’est pas acquise. C’est un, voire deux tours de qualifications qui attendent les Bretons. Mais un plafond de verre a bien été brisé avec la victoire en Coupe de France. Le dernier trophée remontait à 1971. Une éternité. Oubliez l’étiquette de looser : l’heure est venue de respecter le Stade Rennais.

*Rennes s’est hissé en finale de l’impitoyable Coupe Intertoto en 1999, face à la Juventus (2-0, 2-2).

Crédit photo : Icon Sport

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