[Portrait] Emil Forsberg, l’étoile polaire

Au cours d’une journée humide doublée d’un froid polaire, Emil Forsberg était l’enfant du pays qui venait réchauffer l’atmosphère et apaiser les tensions. De Sundsvall à Malmö, il a fait son bonhomme de chemin afin de prouver à tous qu’il avait bel et bien le niveau qui lui permettrait de rejoindre l’Europe. Après quelques années au pays, il a décidé de prendre son envol pour se diriger vers une ligue en apparence inappropriée à son intelligence de jeu et à son style : la deuxième division allemande. Cependant, en choisissant de s’installer dans le petit joyau de Red Bull, il a certainement réalisé sans le savoir l’un des meilleurs choix de sa carrière. Retour sur le parcours du nouveau patron de la sélection suédoise et de l’enthousiasmante équipe de Leipzig.

Sa carrière, c’est dans sa ville natale de Sundsvall qu’il la débute. Ville moyenne du centre de la Suède située sur la côte Baltique, elle n’avait en apparence aucune raison de donner vie à l’espoir nordique le plus agréable à voir évoluer de notre ère. Cheveux longs, bandeau pour les retenir, tête de minot, maillot bleu électrique sur le dos, c’est avec cette combinaison qu’il se dévoile. De par son style et son élégance, il attire de nombreux recruteurs et commence à graver son nom au panthéon des grands hommes de son pays. En minuscules, certes, mais tout de même. Au jeu des transferts, c’est le mythique club du sud de la Suède, Malmö, qui emporte la mise, pour quelques miettes seulement.

 

Là-bas, il va intégrer le cadre que tout jeune aimerait avoir afin d’approcher la maturité et la maîtrise pleine de son art. En effet, il s’ouvre alors les portes de la prestigieuse Ligue des Champions. En outre, il remporte deux titres de champion de Suède, remplissant sa vitrine de trophées, restée vide et poussiéreuse jusqu’ici. Mais plus que tout, Malmö va lui permettre d’attirer de nombreux prédateurs, tous désireux d’offrir au diamant brut la structure lui permettant de devenir ce joueur raffiné. Alors, il fait le choix de signer pour l’écurie Red Bull, version allemande. Reconnu de par ses prestations européennes avec le club suédois, il débarque pour moins de quatre millions d’euros, une somme tout de même remarquable pour la deuxième division allemande.

 

Photo credits : uefa.com

 

 

Arrivé en Allemagne, la machine semble s’enrayer. Dans un championnat physique et peu technique, il éprouve des difficultés à trouver sa place. Deux saisons de galère, deux saisons de peines, deux saisons d’un Emil Forsberg timoré, aux antipodes de ce qu’il pouvait déjà montrer en Scandinavie. Cependant, il s’accroche au peu qu’il produit pour ne pas perdre pied. Peu à peu, il remonte la pente et s’acclimate à l’ambiance locale. C’est alors que le joueur que nous connaissons tous fait immersion dans le bouches des supporters de Leipzig, mais plus encore dans la bouche de tous les journalistes et experts allemands. Lorsque le club pointe son nez en Bundesliga, il crève l’écran et concrétise les espoirs jadis placés en lui. Toujours plus, il grave son nom dans la roche, mais cette fois, profondément et avec précision.

 

Photo credits : alchetron.com

 

La population locale se familiarise alors avec le magique suédois. Jour après jour, ils découvrent ses capacités de jeu, son sourire, ses frappes vicieuses et ses passes laser. C’est alors, quand il parvient à mettre tout son talent au service de l’équipe, que se crée une osmose sans précédent avec son coéquipier allemand Timo Werner, arrivé en provenance de Stuttgart. L’exemple le plus concret est pour sûr le match contre Mainz, remporté trois buts à un, dans lequel ils combinent trois fois. Buteur et double passeur, Emil Forsberg étale toute l’étendue de sa palette pour emporter les trois points pour son équipe.

Mais qui est-il vraiment ? Joueur clef de son équipe, quel est le style « Emil Forsberg »? Sur le papier, il est capable d’évoluer sur le côté gauche comme dans l’axe. Cependant, sa position préférentielle semble être le côté gauche, tant il aime repiquer dans l’axe pour déclencher une frappe vicieuse qui trompe le gardien. A gauche, il peut aussi s’appuyer sur un pivot pour accumuler les passes courtes et accéder à la cible. Tout comme ses passes courtes et ses redoublements, ses dribbles sont souvent dévastateurs et permettent de débloquer de multiples situations. Mais ce qui a marqué les spectateurs, ce sont bien ses frappes renversantes, comme en atteste le coup-franc contre Padeborn qu’il inscrit après que trois de ses coéquipiers se soient effacés devant lui.

De surcroît, ses passes décisives ont contribué à lui construire un nom. Tant de classe et d’intelligence en un seul homme semblent être de trop. Lors du match retour contre Mainz, sa victime favorite, il apparait à l’apogée de son art avec une passe décisive aile de pigeon qui permet à Sabitzer de planter son but, participant lui aussi à la fête.

En sélection aussi, il a pris les rênes de l’équipe pour la porter dans des moments difficiles où la Suède a vu partir l’immense Zlatan Ibrahimovic. De ce diable d’Emil Forsberg, la France se rappellera longtemps. En effet, lors des éliminatoires du Mondial 2018, il ouvre le score d’un coup-franc somptueux qui vient tromper Hugo Lloris. Le pays entier regrette à ce moment sa non-signature à Lyon, qui l’avait sondé quelques temps plus tôt.

Peu avant, face aux Pays de Galles, il avait marqué un but dans son style, d’une frappe aux bords de la surface sur une passe du grand Z. Contrôle (orienté), regard rapide mais suffisant, puis frappe imparable. Voilà la combinaison parfaite.

Cette saison encore, le magicien nordique s’apprête à briller de mille feux. Auteur de trois buts et d’une passe décisive en club, et de quatre buts en sélection, il met tout doucement la machine en route pour ne rien laisser passer sur son passage. Aligné aux côtés de Werner, Augustin & Co, il va tenter te porter le plus loin possible son équipe, en compétitions européennes comme nationales. Sur la route du mondial, il fera aussi tout son possible pour porter sur ses épaules une nation pleine d’espoir pour son équipe et pour lui, l’étoile polaire.

 

Crédits photos : AFP PHOTO / ROBERT MICHAEL

Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais