C’est le temps de la crise à l’Olympique Lyonnais. Les espoirs les plus fous nés d’un été fringuant ont en effet laissé place aux impitoyables doutes d’un automne désarçonnant. Et alors que Sylvinho continue de naviguer à vue, emportant dans le creux de la vague ses compagnons d’infortune, Houssem Aouar observe se dissiper un plan qui avait tout pour l’introduire en leader technique de ce nouveau Lyon.

Meneur hors-jeu

Dans un club formateur de référence tel que l’Olympique Lyonnais, les passages de témoins entre générations font partie du quotidien. Évidemment, certains de ces changements sont plus symboliques que d’autres. En quittant son club de toujours pour l’Andalousie, Nabil Fekir a laissé derrière lui des souvenirs sportifs impérissables, une personnalité attachante et surtout les clés de l’animation offensive des Gones. Pour autant, le Brésilien Sylvinho n’a pas souhaité construire son animation autour d’un joueur majeur, préférant invoquer un processus de création d’un collectif plus fort.

Une répartition équitable des responsabilités offensives donc. L’occasion rêvée, pensait-on, pour Houssem Aouar de démontrer sa large panoplie dans ce domaine. Un attrait pour le but rappelé notamment par sa régularité de buteur en catégories de jeunes mais aussi par une dernière saison pleine (7 buts et 11 passes décisives), pourtant vécue dans une position reculée sur le pré. Exit le double pivot dans ce nouvel exercice au profit d’un poste de relayeur gauche dans un 4-3-3, et déjà beaucoup d’enseignements à en tirer jusqu’au dernier match de l’OL face à Nantes (0-1).

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Lors des deux premiers matchs de championnat, il a assimilé avec brio deux rôles très différents dans l’animation lyonnaise. Face aux Monégasques (3-0), il a joué de la supériorité numérique rapide de son équipe pour faire valoir son sens de l’interception, mais également pour assurer des transitions simples pour ses attaquants. Un simple échauffement avant une vraie démonstration face au SCO (6-0).

Décisif grâce à son but et ses passes décisives, le jeune Lyonnais a surtout brillé par sa vista et sa capacité à orienter rapidement son corps en direction des cages adverses. Sur chacun des trois buts dans lesquels il est impliqué, c’est cette fameuse orientation de ¾ qui lui permet d’aspirer la défense adverse, un geste technique qu’il maîtrise parfaitement. Ce soir-là, les performances solides de Tousart et Mendes dans la relance lui ont permis de jouer très haut, et ainsi multiplier les occasions d’être actif dans des zones dangereuses pour les Angevins. Quant à ses prises de décisions, aussi bien dans la frappe que dans la passe, elles ont été brillantes et témoignent d’un joueur très lucide offensivement.

Alors comment expliquer les performances récentes du n°8 lyonnais ? Car même en plein marasme collectif, on est en droit d’attendre bien mieux d’un joueur aussi doué. Tout d’abord, son état physiologique interroge. S’il n’est pas reconnu pour son extravagant langage corporel, Aouar reste néanmoins un athlète capable de répéter les efforts dans une équipe qui tourne. Là ou le bât blesse, c’est qu’une saison de transition est une période idoine pour les leaders en devenir de se révéler. Et aujourd’hui fatalement, sa piètre condition physique l’empêche de franchir ce pas.

L’aspect physique n’est toutefois pas le seul élément qui perturbe son entame de saison. En effet, le rôle qu’il occupe dans ce milieu de terrain et sa compatibilité tactique avec ses coéquipiers interrogent. Si l’objectif final est l’épanouissement collectif de l’OL, vaut-il mieux qu’Aouar ait un rôle prépondérant à la relance ou à la conclusion des actions ? Un casse-tête que Sylvinho n’arrive pas à résoudre autour de son milieu de terrain.

Le match à Angers plaide pour la seconde option, mais celle-ci nécessite des circuits de passes beaucoup plus fluides entre centraux, latéraux et milieux, dans une équipe qui a perdu F.Mendy, Ndombélé et Fekir. Soit tout bonnement les options de relances privilégiées la saison passée. Sans ballon, Aouar est obligé de redescendre bas pour s’activer, et l’impression qu’il laisse dans ce rôle de relayeur chargé de la gestion du tempo et de l’orientation du jeu est très contrastée. Dans les matches de cette configuration comme Montpellier, Amiens ou encore Nantes, tout n’était pourtant pas à jeter. Il a réussi quelques gestes de classe, mais ce n’était pas forcément ce que le jeu attendait de lui…

Lassitude ou rédempt10n

Dans une période sportive compliquée, revenir à des idées de jeu simples est souvent une décision saluée. Malheureusement, ce n’est pas toujours gage de points remportés. Preuve en est ce match contre le FC Nantes, que Sylvinho a abordé avec moins de rigidité et qui aurait mérité trois points en récompense. L’OL se retrouve donc devant une semaine cruciale avec un déplacement périlleux à Leipzig puis la réception du rival stéphanois, dans un derby entre bêtes blessées. Houssem Aouar y aura sûrement son mot à dire, et devra essayer de surpasser ce blocage dans son jeu afin de retrouver la confiance à court terme. Dans une approche à plus long terme, il est possible que son utilisation soit remise en question pour offrir à l’OL la meilleure version de son football.

Désormais devenu incontournable, le positionnement d’Aouar en relayeur est relativement peu contesté. Ce qui l’est un peu plus, c’est une hypothétique moindre dépense d’énergie que ses compères du milieu de terrain. Le supporter lambda peut tout à fait ressentir une certaine forme de lassitude devant un joueur, ici parce que sa progression stagne au moment où on pensait qu’il prendrait une autre dimension. Mais pour mesurer son jugement, le supporter ne prend que trop rarement en compte la lassitude que peut rencontrer ce même joueur. Après deux saisons pleines en championnat à continuellement devoir gérer la circulation du ballon, compenser à la perte de balle et lancer les transitions (quand l’espace existe), il est possible qu’Aouar ait envie d’autre chose. A priori, cette ambition est totalement légitime de par son profil, ses performances et aussi par les diverses options dont dispose son entraîneur.

Formé au poste de numéro 10, le jeune Houssem affolait les statistiques dans les catégories de jeunes (une saison à 27 buts en U17), en plus de disposer d’une formidable prise de décision dans le dernier tiers du terrain. Dans le monde professionnel, il a prouvé par ses statistiques et son influence qu’il mérite une chance de jouer un cran plus haut pour l’Olympique Lyonnais. Et par chance, les arrivées de Thiago Mendes et Jeff Reine-Adélaïde ainsi que l’éclosion attendue de Maxence Caqueret rendent son remplacement moins préjudiciable au collectif. Offensivement, son repositionnement permettrait sans doute aux Lyonnais de gagner en lucidité dans le dernier geste. Cela sans pour autant entraver la liberté de déplacement de Memphis, mais plutôt en rapprochant les deux joueurs les plus déstabilisants pour l’adversaire. Et ainsi aller dans le sens des récentes déclarations de Juninho, qui souhaite que son équipe redevienne une menace constante peu importe l’adversité rencontrée.

Pour Houssem Aouar, il est d’abord temps de retrouver le simple plaisir de jouer. Logiquement remis en question par les observateurs mais aussi par les supporters, il traverse la période la plus difficile de sa jeune carrière. Quand celle-ci arrivera à sa fin et que l’enthousiasme sera revenu, il serait bon de penser à la manière dont il pense exploiter au mieux ses qualités. Le football est évidemment trop indécis pour savoir si cela sera dans un rôle de numéro 10. Mais à l’image de ses prédécesseurs Lacazette, Tolisso ou Fekir, Aouar incarne bien assez l’Olympique Lyonnais pour que cette question soit mise sur la table.

Crédit photo : Icon Sport