Mesut Özil, l’année de la rédemption

Virtuose. Paresseux. Maestro. Nonchalant. S’il y a bien un joueur qui continue d’alimenter les débats auprès des fans d’Arsenal, c’est Mesut Özil. Talent générationnel pour certains, joueur trop irrégulier et peu investi pour d’autres, l’Allemand est aujourd’hui loin de faire l’unanimité. Surtout après une récente prolongation de contrat très coûteuse pour le club qui a énormément besoin de liquidités à l’heure actuelle. Après une année 2018 catastrophique pour l’ancien joueur du Werder Brême et du Real Madrid, le natif de Gelsenkirchen est aujourd’hui à un tournant de sa carrière.

Souvenez-vous du 2 septembre 2013. Après avoir essuyé de nombreux échecs malgré une volonté de signer de grands noms ( Higuain, Suarez), Arsenal enregistrait la signature du milieu de terrain du Real Madrid Mesut Özil pour 50 millions d’euros. Une soirée que les fans d’Arsenal n’oublieront certainement jamais, après un été tumultueux et de nombreuses semaines de négociations. Une signature synonyme de nouvelle ère pour le club londonien qui n’avait jamais dépensé plus de 20 millions d’euros pour un joueur avant cela.

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Arsène Wenger avait en effet déjà essayé d’enrôler l’Allemand alors qu’il évoluait au Werder Brême, mais ce dernier préféra rejoindre le Real. Mais après 3 saisons, 159 matches, 27 buts et 72 passes décisives, c’est vers Londres que s’est envolé Mesut Özil. Ce dernier n’était en effet pas dans les plans du nouveau coach du Real à l’époque, Carlo Ancelotti, souhaitant évoluer dans un 4-3-3 incompatible avec le profil de pur numéro 10 de Mesut Özil. C’est donc du côté de l’Emirates Stadium qu’il a posé ses bagages.

Un bilan contrasté

Mais après 6 années passées au nord de Londres, l’heure des comptes a sonné. L’Allemand a en effet alterné entre l’excellent, le bon, le moyen et le médiocre. Beaucoup lui reprochent de ne pas avoir réussi à briller comme il le faisait à Madrid, notamment sur le plan statistique. Une critique qui est cependant à relativiser, les qualités des effectifs madrilènes et londoniens n’étant pas comparables surtout d’un point de vue offensif. On se souviendra notamment de son incroyable début de saison en 2015-2016 où l’Allemand est parvenu à cumuler 16 passes décisives d’août à décembre, et qui a porté son total à 19 passes décisives pendant cette campagne de Premier League, soit une seule de moins que l’actuel détenteur du record, Thierry Henry.

Mesut Özil aura également permis à Arsenal de remporter trois FA Cups en 2014, 2015 et 2017 – chose que les supporters du club de Londres attendaient depuis 10 longues années. Le 11 Mars 2018, il est également devenu le joueur ayant réussi à atteindre le plus rapidement la barre des 50 passes décisives en Premier League. Cependant, au-delà de ces accomplissements et créant ce qu’on pourrait appeler « le paradoxe Mesut Özil », certains éléments viennent nuancer ce bilan.

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En effet, particulièrement pendant les dernières années d’Arsène Wenger aux commandes, l’Allemand a manqué des matches à l’extérieur pour cause de maladie, ce qui a eu pour effet d’irriter de nombreux fans d’Arsenal. De plus, souvent vu, à tort ou à raison, comme paresseux par manque d’implication défensive et avec un body language jugé agaçant, Mesut Özil s’est vite retrouvé au cœur des critiques lorsque le club du nord de Londres était en difficulté. On lui reprochait notamment une certaine irrégularité et une tendance à disparaître pendant les gros matches. Mais c’est vraiment en 2018 que s’est accentué le paradoxe Mesut Özil, divisant encore plus les supporters des Gunners.

2018, l’année noire

C’était déjà du côté de l’Emirates Stadium que les choses allaient commencer à se gâter. En effet,  malgré une saison 2016-2017 couronnée d’une FA Cup, Arsenal n’est pas parvenu à se qualifier pour la Ligue des champions. Beaucoup de supporters d’Arsenal vont alors demander à l’entraîneur de l’époque, Arsène Wenger, de quitter le club, créant un climat très hostile dans le nord de Londres. Beaucoup de joueurs sont pointés du doigt, notamment Özil. Une fois encore, on lui reproche de ne pas être assez investi, de disparaître dans les gros matches. Les matches qu’il manque, pour des raisons floues, agacent.

Mais orphelin d’Alexis Sanchez parti du côté de Man Utd en hiver 2018, Arsenal ne peut se permettre de perdre une autre figure de son renouveau. Malgré des rumeurs de départ, Mesut Özil finit par prolonger son contrat avec les Gunners jusqu’en 2021, gagnant un peu plus de 15 millions d’euros par an. Mais ce n’est pas avec Arsenal que les choses vont se compliquer, mais bien avec sa sélection. En effet, en mai 2018, Mesut Özil et İlkay Gündoğan posent pour des photos avec le controversé président turc actuel, Erdogan, au moment des élections. Ces photos vont faire beaucoup parler en Allemagne, et notamment dans la presse. Elles vont être interprétées comme une forme de soutien politique accordé à Erdogan par la presse allemande qui va remettre la loyauté d’Özil envers son pays en question.

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Puis vint la Coupe du monde 2018 et la débâcle allemande qui verra la Mannschaft ne pas sortir des poules après des défaites contre le Mexique et la Corée du Sud. La chasse au fautif va être lancée, et Mesut Özil se retrouvera une nouvelle fois au cœur des critiques, son implication et son investissement étant sévèrement remis en cause. Après la Coupe du monde, Özil publiera plusieurs injectives sur les réseaux sociaux, accusant certains médias de le critiquer à cause de ses origines turques. On apprendra plus tard que le plus gros du problème résidait entre lui et le président de la fédération allemande Reinhard Grindel, que Mesut Özil accusa d’un comportement raciste et irrespectueux.

Pour protester contre les membres de la fédération allemande, Özil mit fin à sa carrière internationale avec des mots forts : « Quand on gagne, je suis allemand. Quand on perd, je suis un immigré. » Une déclaration mettant un point final à une affaire qui aura secoué le paysage médiatique allemand pendant des mois. Une retraite internationale qui créera elle aussi la controverse et déclenchera bon nombre de critiques, venues notamment d’anciens coaches ou d’anciens coéquipiers du natif de Gelsenkirchen comme Manuel Neuer ou Thomas Müller. Malheureusement pour l’Allemand, ce qui va suivre en club n’est guère plus réjouissant.

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Arsène Wenger ayant quitté Arsenal, Unai Emery le remplace. Mesut Özil va perdre quelqu’un dont il s’est plusieurs fois par le passé félicité d’avoir la pleine confiance, chose qu’il n’avait pas forcément pendant son temps au Real. La transition va être compliquée pour le numéro 10. La question est vite posée : Mesut Özil est-il compatible avec le jeu d’Unai Emery ? Est-il capable d’endosser les tâches de pressing et le gros travail demandé par l’ancien coach du PSG ?

En plus de cela, de nouveaux matches à l’extérieur sont manqués par l’Allemand pour des raisons obscures. Maladie ? Ou tout simplement laissé sur le carreau par le coach pour les matches à l’extérieur pour lesquels Arsenal rencontre de grosses difficultés ? Les Gunners rencontrent des gros soucis de créativité, et il n’est pas rare de voir l’Allemand décrocher pour toucher le ballon. Résultat, une saison très mitigée et conclue par une très mauvaise performance en finale d’Europa League, avec une lourde défaite pour Arsenal ne parvenant pas, une nouvelle fois, à se qualifier pour la Ligue des champions. À ce moment, l’avenir de Mesut Özil semble scellé. Et pourtant..

Blonde Hair Redemption

Ayant énormément besoin d’argent, il semblait peu probable qu’Arsenal soit enthousiaste à l’idée de garder un joueur gagnant un gros salaire et ne figurant pas forcément dans les plans du coach pour la saison prochaine. Mais alors que la fin du mercato approche, Mesut Özil semble bien parti pour rester. L’Allemand est en effet à un moment crucial de sa carrière, et pourrait bel et bien être sur le chemin de la rédemption. Les tracas liés à l’affaire Erdogan et sa retraite internationale semblent aujourd’hui bien loin pour l’ancien du Real, qui s’est récemment marié et semble être dans une situation plus stable sur le plan personnel.

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Les rumeurs de départ ont également stoppé alors que la plupart des médias annonçaient qu’il quitterait Arsenal il y a encore quelques mois de cela. L’officialisation d’Adidas comme nouvel équipementier pour lequel il est l’égérie depuis plusieurs années pourrait également être un gros coup de boost. L’Allemand a participé de manière complète à la pré-saison du club et à la tournée aux Etats-Unis, avec notamment de très bonnes performances contre le Bayern Munich et le Real Madrid. Özil semble en effet plus investi, en meilleure forme physique, et est même parvenu à gagner les éloges de son coach.

L’Espagnol de 47 ans s’apprêtant à démarrer sa deuxième saison sur le banc du club a en effet déclaré avoir parlé avec Özil au début de la pré-saison afin d’obtenir de lui les meilleures performances. Selon Emery, le meneur de jeu travaille beaucoup et est très engagé. Il sera également un des capitaines de l’équipe avec Granit Xhaka et Nacho Monreal suite à l’affaire Koscielny. Alors qu’Arsenal possède beaucoup d’options au milieu et encore plus après l’éclosion de Willock pendant cette tournée aux Etats-Unis et l’arrivée en prêt du talentueux milieu de terrain du Real Madrid Dani Ceballos, l’Allemand aura fort à faire s’il veut s’assurer une place de titulaire la saison prochaine. Reste à savoir comment Unai Emery compte organiser son milieu l’année prochaine.

Même mentalement, Özil semble libéré. Comme si un poids qui pesait sur lui depuis quelque temps avait soudainement disparu. Sa situation est désormais stable, et cela peut se ressentir sur son football. Il est important de garder à l’esprit que Mesut Özil est un incroyable joueur de football, même si les dernières saisons ont pu entacher son image. Peu de milieux de terrain peuvent se targuer d’avoir sa qualité de passe, sa technique ou son intelligence de jeu. Nul doute qu’en forme, il saura être un atout de taille pour un Arsenal désireux de sentir à nouveau le doux parfum de la Ligue des champions.

De plus, si l’on en croit le théorème de la teinture blonde ( que l’Allemand a dû faire après avoir perdu un pari contre Alexandre Lacazette), la saison devrait selon toute vraisemblance bien se passer pour l’Allemand. Le souffle du renouveau pourrait souffler sur sa carrière, lui qui est en contrat avec Arsenal jusqu’en 2021. Pour cela, il ne devra pas retomber dans ses travers, et s’il y parvient, nul doute qu’il arrivera à nouveau à conquérir le cœur de ses supporters.

Crédit photo : OZAN KOSE / AFP